l’assiette de Laure

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Vous avez lu le supplément Alimentation du Devoir de vendredi dernier? Très très intéressant, particulièrement le texte de Laure Waridel. Cette dernière est une référence pour moi. Ses préoccupations me rejoignent. Une nouvelle édition revue et actualisée de son livre L’envers de l’assiette paraîtra le 15 mars 2011. Voici des extraits choisis de l’article de vendredi, traitant de consommation responsable, du biologique et des impacts environnementaux de notre alimentation:

« de nouvelles études […] ont démontré que de 40 à 50 % de la nourriture, aux États-Unis, [est] gaspillée entre le champs et l’assiette. »

« selon le MAPAQ, la proportion des aliments consommés au Québec provenant du Québec serait passée de 78 % à 33 % au cours des 25 dernières années. »

« Dans l’Union européenne, la superficie consacrée à l’agriculture biologique a augmenté de 21 % entre 2005 et 2008. Au Québec, moins de 1 % des superficies agricoles sont gérées avec cette logique de production. »

« l’écart de prix entre le bio et le traditionnel est beaucoup moindre qu’au Québec, parce que c’est ce type d’agriculture qu’on choisit d’encourager.»

« À ceux qui reprochent aux produits biologiques d’être encore trop coûteux, Laure Waridel précise que ce sont «les produits très transformés» qui sont surtout dispendieux. «Il y a un travail très important, pour tout le monde, de réapprendre à cuisiner avec des aliments de base». »

« on est encore au début d’une transformation qui sera plus profonde au cours des prochaines années, notamment à cause de l’augmentation des prix du pétrole, qui va nécessairement affecter notre système agroalimentaire »

D’où l’importance et l’intérêt d’acheter local. Nous en reparlerons.

beau zeste

Comme certains d’entre vous le savent déjà, je ne suis pas la cuisinière officielle de la maison (ni de la boulangerie!). Occasionnellement aux fourneaux, mon amour du fouet est irrégulier, mais passionnel et sucré. Toutefois, ma relation avec les images est fusionnelle. Cet après-midi, je suis donc revenue à la maison, réjouie de ma découverte : Zeste, que je ne regarde pas à la télé, a un nouveau magazine. Vraiment très attrayant, tout me plaît, des photos à la typographie. Je suis heureuse que ce bébé soit québécois et accessible!

As some of you already know, I’m not the official cook of the house (or the bakery!). Occasionally in the kitchen, my love of the whip is irregular, but passionate  and sweet. However, my relation with images is fusional. This afternoon, I’m back at home, pleased with my discovery: Zeste, a Quebecer TV channel that i don’t watch, has a new magazine. Really beautiful, I like everything from the photo to the typography. I am happy that this baby is Quebecer, therefore accessible!

Simply Paris. Un livre de belles photos de Paris, plein de gourmandises, de façades romantiques et de cafés. Le livre est de Jennifer Causey, photographe dont j’aime les photos du quotidien. Voir son blog, et un aperçu du livre.

Simly Paris. A book of beautiful pictures of Paris, full of pastries, facades and romantic cafes. Book by Jennifer Causey. I love her photos of everyday life. See her blog, and an preview of the book.

Le hamac dans les voiles (écrit en 1951), de Félix Leclerc, est un recueil de contes d’apparence simple, mais tellement plus touchant et dense qu’il n’y paraît. Je vous propose l’extrait de « Sanctus », p. 21, 22 et 23, où un couple de brins de blés sera bientôt fauché. Un crapaud, l’ami du blé mâle, lui apprend qu’il est très important pour les hommes et qu’il vivra une seconde vie.

« Le crapaud lève la tête et dit:

– Tu es un bon épi. On te mettra à part, à cause de l’abondante grappe que tu portes. Tes paroles sont belles à entendre. Ne crains rien. Tu seras choisi pour une grande mission. Maintenant, laisse-moi parler.

[…]

À la campagne les paysans comptaient les jours sur le calendrier et disaient: « L’automne est loin », puis ils ne parlaient plus. Et voilà que depuis une semaine, les hommes ont repris courage. Leur gaieté est revenue; on entend chanter dans les fermes, dès le matin.

Parce que septembre est de retour. Les hommes vont dans les verger, cueillent des pommes, les emportent dans de grands paniers, les glissent dans le moulin à presser et font du cidre; alors il a de quoi à boire dans les caves.

Les femmes ont sorti les vieux pots de conserve, les ont bourré de fruits et de légumes. On remplit les caves. Les hommes reprennent courage.

– Mais ils leur manque une chose encore, et c’est pourquoi ils viendront ici. Les huches sont vides. Il n’y a plus de pain, et le pain, c’est toi.

– Moi?

– Toi. Tu es le pain.

– Est-ce que c’est important, le pain?

– Le pain, c’est ce qui nourrit l’homme.

Tous les soirs d’innombrables familles disent: « Donnez-nous le pain quotidien. » Je les ai entendues moi-même plusieurs fois. Est-ce suffisant?

– Je te crois. Ah! le bonheur que tu répands ici! Sans toi, mon dimanche eût été noir. L’adieu à la prairie eût été déchirant. Mais là, je sais ma vérité. J’attends ferme. Ma mort me donnera une autre vie. Demain, je penserai à toi, et je serai tranquille.

[…]

– Lorsque ma compagne se réveillera tout à l’heure, murmure l’épi, je lui apprendrai que nous sommes le pain. Nous attendrons ensemble.

Dans la brise du dimanche, entre les colonnes infinies d’un champ de blé, un vieux crapaud s’en va et pleure, parce qu’il est condamné à vivre de longues années sur terre.

Chaque côté de lui, de grande allées d’épis lourds qui vont mourir demain sous la faucheuse, chantent des hymnes en balançant la tête. »

La frousse autour du monde. Bruno Blanchet, l’auteur de ce recueil de chroniques de voyage, est humoriste et acteur québécois. Il voyage maintenant autour du monde depuis 2004. Inconditionnellement, je le suivrai dans ses folies.

Extrait, p. 176-177 :

« j’ai reçu cette semaine de nombreux courriels qui me disent à peu près tous la même chose: que je suis « chanceux de pouvoir faire ça ».

Oui. Peut-être. Mais chanceux de pouvoir faire quoi, mes chers amis? Chanceux d’aller jusqu’au bout d’une idée? Chanceux de profiter du fait que « vivre à l’étranger » me coûte 10 fois moins cher que de « vedger à la maison » et qu’en plus, qu’en plus… le monde entier!

[…]

Ça m’a pris presque un an pour réaliser qu’elle n’est nulle part, l’aventure. L’aventure ne se trouve pas dans un livre, un guide ou une expédition prévue pour ça. L’aventure est une porte qui s’ouvre par en-dedans. Le reste dépend de vous. Ça peut se passer à Bombay, à Brossard ou dans la prison de Tanguay. L’aventure débute avec la fin de la peur: de la peur de rire quand on doit se taire; de la peur de fuir quand on doit plaire; de la peur d’être nu, ridicule et vulnérable, mort; de la peur de se tromper; de la peur d’échouer. Se placer volontairement les pieds dans les plats? Pourquoi pas! Se confronter à une tâche impossible à réaliser? Kick ass, baby! »

Lignes de faille. Un roman dérangeant et sensible de Nancy Huston, écrivaine canadienne. Cette oeuvre a reçu le prix Femina en 2006. On y entend quatre enfants de quatre générations d’une même famille, chacune étant influencée par la violence politique, familiale ou sociale de son époque.

En voici deux courts extraits:

« Le silence est long et plein  et je peux m’y immerger complètement, je vois le corbeau immobile dont un oeil est à moitié ouvert et vitreux, je vois un diadème qui scintille dans les cheveux dorés de la fée, je vois la vapeur qui monte du bol de céréales chaudes que p’pa me fait parfois le matin en hiver, avec du sucre roux, de la crème et même des raisins secs parfois, c’est délicieux. » p. 179.

« Les jours sont longs, même en hiver quand ils sont censés être courts ; les semaines sont plus longues encore et les mois sans fin, je les compte à mesure qu’ils passent mais je ne sais pas vers quoi je compte, la vie est interminable. » p. 284.

Lignes de faille. A sensitive and disturbing novel by Nancy Huston, a Canadian writer. This work won the Prix Femina in 2006. We hear four children from four generations of one family, each one being influenced by
political, social or family violence of his era.